Cobra Daytona Coupé

Il est des automobiles qui naissent d’un règlement sportif.

D’autres d’un besoin commercial.

La Cobra Daytona Coupé, elle, naquit d’une contrariété.

Cobra Daytona Coupé : une arme d’endurance née contre le vent

À force de dominer les circuits américains, la Cobra roadster s’était heurtée à une vérité fort peu patriotique : en Europe - et plus encore dans les longues lignes droites des grandes épreuves d’endurance - elle traversait l’air avec une grâce toute relative. Elle accélérait férocement, freinait courageusement, mais face aux lignes plus fines des Ferrari, elle livrait au vent un combat dont l’issue devenait coûteuse.

Carroll Shelby le savait parfaitement.

Ancien pilote des 24 Heures du Mans, victorieux en 1959, il connaissait mieux que quiconque cette vérité parfois humiliante du sport automobile :

la puissance console ; l’aérodynamique gagne des courses.

Shelby comprit donc qu’il fallait une carrosserie fermée, plus rapide, plus stable, capable de transformer la brutalité du roadster Cobra en arme d’endurance susceptible de regarder les Ferrari dans les yeux. L’idée générale lui appartient sans ambiguïté. Le besoin également.

Peter Brock, véritable auteur intellectuel de la Daytona Coupé

Mais il faut ici rétablir une vérité historique trop souvent simplifiée par les récits héroïques :

La Cobra Daytona Coupé ne fut pas “dessinée par Shelby”.

Elle fut pensée, dessinée et développée par Peter Brock, alors directeur des projets spéciaux chez Shelby American, jeune designer au talent peu commun, déjà remarqué pour son travail antérieur chez General Motors. Brock conçoit l’aérodynamique du projet, dessine la carrosserie et mène le développement technique du concept avec l’appui de Ken Miles et de l’équipe de fabrication de Shelby American.

Et il faut le dire avec la fermeté due aux faits :

Le constructeur demeure Shelby American.

Mais l’auteur intellectuel de la Daytona Coupé est Peter Brock.

L’un porte l’étendard.

L’autre taille l’épée.

L’histoire automobile, comme l’histoire tout court, aime parfois distribuer les lauriers avec une géométrie variable.

À cet égard, une vieille formule biblique pourrait presque s’inviter dans le garage :

« Les parents mangèrent les raisins verts et les enfants eurent les dents agacées. »

Carroll Shelby eut le panache du général, la vision du stratège, l’autorité du chef de guerre mécanique.

Mais dans l’atelier, c’est souvent Peter Brock qui veilla tard.

Là où certains récoltent les applaudissements, d’autres usent les crayons, froissent les plans et doutent devant des courbes de carrosserie que personne ne comprend encore.

La vérité historique n’enlève rien à Shelby.

Elle rend simplement justice à Brock.

Et justice il faut rendre.

Du prototype CSX2287 au mythe Daytona

Car lorsque Brock présente ses idées aérodynamiques, beaucoup chez Shelby American les accueillent avec un scepticisme poli - ce scepticisme professionnel qui consiste à considérer une nouveauté comme une folie jusqu’au moment précis où elle fonctionne.

Sans soufflerie, avec des moyens presque artisanaux, Brock élabore pourtant une silhouette inspirée de principes aérodynamiques européens et de travaux allemands antérieurs sur les carrosseries à faible traînée. Le prototype CSX2287 voit finalement le jour dans les ateliers de Venice, Californie, grâce au travail de Phil Remington, Ken Miles et d’une poignée d’hommes davantage guidés par l’instinct et la mécanique que par les procédures administratives.

Le résultat fut immédiat.

Terriblement immédiat.

Dès ses premiers essais, la Daytona Coupé se révèle plusieurs secondes plus rapide au tour que la Cobra roadster sur certains circuits, avec une vitesse de pointe considérablement supérieure et une consommation réduite grâce à une pénétration dans l’air autrement plus civilisée. À haute vitesse, l’automobile cesse enfin de lutter contre l’atmosphère comme un pêcheur contre une tempête.

Et quelle silhouette.

Long capot, toit tendu, arrière abrupt selon le principe dit Kamm tail, allure de prédateur discipliné.

Cobra Daytona Coupé : six exemplaires et un titre mondial FIA GT

En 1965, la Daytona Coupé permet à Shelby American de conquérir le championnat du monde FIA GT, brisant enfin la domination Ferrari - exploit demeuré unique pour un constructeur américain dans cette catégorie.

Six exemplaires seulement furent produits.

Six.

Le chiffre suffit presque à faire taire les bavards et leur cote approchant les 20 millions de $ actuellement, décourage beaucoup d’épargnants investisseurs.Et c’est précisément parce que l’histoire fut brève qu’elle devint immense.

Réplique Daytona Coupé, continuation et éligibilité FFVE

D’un point de vue patrimonial - et cela importe particulièrement dans notre métier - la Cobra Daytona Coupé exige aujourd’hui une vigilance extrême.

Car la rareté nourrit inévitablement les reconstructions, les évocations, les continuations et parfois les enthousiasmes administratifs excessifs.

Une Daytona moderne (Factory Five par exemple ) , même superbement exécutée, même construite sous licence ou continuation Shelby, ne doit jamais être confondue avec une réplique ancienne potentiellement éligible à une étude FFVE. Bourgogne Auto Classic n’a encore pas trouvé de réplique de Daytona ancienne qui soit éligible FFVE…Nous savons qu’il y en a un poignées sur terre ..Mais pour le moment elles sont restées invisibles à nos radars.

Le prestige historique ne suspend nullement les exigences réglementaires françaises.

Une automobile contemporaine demeure contemporaine.

Fût-elle drapée dans les habits les plus glorieux de l’histoire.

Car en matière de collection, les légendes impressionnent.

Les dates, elles, décident.

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