AC 428 Frua

L’AC 428 Frua est probablement l’un des secrets les mieux gardés de l’automobile britannique.

Et peut-être aussi l’un des plus délicieux contresens de l’histoire mécanique.

Imaginez un instant :

prendre un châssis Cobra Mk III, y glisser un énorme V8 Ford big block américain, puis demander à un carrossier italien d’y déposer un costume de grand seigneur.

L’idée paraît presque absurde.

Elle fut pourtant réalisée.

AC 428 Frua : le grand tourisme britannique au cœur américain

Produite entre la fin des années 1960 et le début des années 1970, l’AC 428 Frua repose largement sur une base technique dérivée de l’architecture Cobra Mk III, tout en recevant une carrosserie dessinée et assemblée par le carrossier italien Carrozzeria Frua sous la direction stylistique de Pietro Frua. Coupé ou convertible, le résultat étonne encore aujourd’hui par sa noblesse de ligne et sa rareté confidentielle.

Et quelle automobile.

Long capot.

Équilibre latin.

Présence aristocratique.

Sous ses dehors de grand tourisme policé sommeille pourtant un V8 Ford FE de 428 cubic inches - autrement dit une mécanique capable, si l’on insiste, de rappeler au conducteur que les bonnes manières italiennes reposent ici sur une colère très américaine.

Une AC rare entre Cobra Mk III, Frua et V8 Ford 428

L’AC 428 Frua appartient à cette famille d’automobiles dont la conversation semble raffinée jusqu’au moment où quelqu’un hausse légèrement le ton.

On l’imagine presque dans un décor de polar français des années soixante :

un homme impeccable, costume sombre, cigarette lente, diction parfaite… puis soudain un regard qui vous fait comprendre qu’il serait prudent de ne pas insister.

Audiard aimait ces contrastes-là : les élégants qui cachent des démolisseurs.

Et c’est exactement cela, une Frua.

Une automobile qui paraît vous dire :

« Je suis d’excellente compagnie… jusqu’au moment où vous confondez courtoisie et faiblesse. »

AC 428 Frua : une rareté confidentielle

Commercialement, l’AC 428 Frua souffrit pourtant d’un paradoxe cruel : plus chère qu’une grande partie de ses concurrentes britanniques, plus confidentielle qu’une Ferrari, moins ostentatoire qu’une Aston Martin, elle demeura rare - environ quatre-vingts exemplaires produits selon les sources généralement retenues.

Aujourd’hui encore, beaucoup la regardent sans la comprendre.

Erreur.

Car l’AC 428 Frua représente peut-être la plus improbable des synthèses :

  • un cœur texan ;
  • une tenue anglaise ;
  • et un accent italien.

Comme quoi, parfois, les alliances les plus improbables produisent les plus grands personnages.

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