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Il est des automobiles raisonnables et celles qui sont outrageuses …des automobiles qui entrent dans une pièce comme un démolisseur automobile syndiqué venu réclamer des comptes à son patron qui aurait oublié de le payer le mois dernier.
La Cobra Mk III - plus communément appelée Cobra 427 - appartient résolument à la seconde catégorie.
Avec elle, Shelby ne cherche plus seulement à gagner…il s’impose
comme disait Jean paul Belmondo dans "Cent mille dollars au soleil", d'Henri Verneuil (1964): "Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent". En d’autres termes, quand une cobra 427 démarre, une Cobra 289 se sent bien frêle.
Au milieu des années soixante, Carroll Shelby comprend une chose : Les petites Cobra 289 ont atteint les limites de leur philosophie originelle. Plus de puissance exige autre chose qu’un simple supplément de brutalité ; il faut un châssis nouveau, une géométrie repensée, une automobile capable d’encaisser la colère mécanique d’un moteur Ford FE de sept litres.
Ainsi naît la Cobra 427 Mk III.
Et il faut ici être catégorique :
La Cobra 427 n’est pas une Cobra 289 agrandie.
C’est une automobile presque entièrement nouvelle.
Nouveau châssis tubulaire élargi de quatre pouces(VS 3’’) , suspension entièrement repensée à ressorts hélicoïdaux (coil springs), géométrie profondément modernisée, voies élargies, carrosserie gonflée de muscles, comportement métamorphosé. Peu de panneaux demeurent interchangeables avec les Cobra à petit bloc.
Là où la Cobra 289 demeurait une anglaise ayant pris de mauvaises habitudes américaines, la 427 devient un cheval de cow boy totalement débridé et non castré.
Et quel pursang Texan .
425 chevaux annoncés, un couple capable de déplacer les certitudes, moins de 1 150 kilogrammes, des accélérations si déraisonnables qu’elles tinrent pendant près de vingt ans certains records d’accélération routière. À son apparition, peu d’automobiles de route paraissaient plus absurdes - et c’est précisément ce qui la rendit immortelle.
Une formule pourrait presque suffire :
La Cobra 427 est une automobile d’homme. Une vraie. Une mécanique à qui le poil pousse aux pattes tant son rapport poids/puissance relève moins de la raison que du duel au couteau avec les lois de la physique.
Chez Audiard, l’on aurait sans doute dit quelque chose comme :
« Celle-là, mon petit, c’est pas une voiture qui vous transporte ; c’est une voiture qui vous interroge sur vos fréquentations, votre courage et parfois votre assurance-vie. »
Entre 1965 et 1967, Shelby American produira environ 348 Cobra à châssis coil-spring (CSX3000), toutes variantes confondues - Street, Competition, Semi-Competition (S/C), châssis nus, exemplaires spéciaux et dérivés. Parmi elles figurent environ 260 Street, 19 Competition Roadsters et 31 Semi-Competition S/C, chiffres généralement retenus par les registres Shelby et la littérature spécialisée.
Et pourtant - paradoxe délicieux - la plupart des Cobra que l’on admire aujourd’hui sur les rassemblements ne sont pas des 427 originelles.
Car il existe désormais davantage de Cobra modernes, continuation ou répliques qu’il n’exista jamais de Shelby Cobra produites à l’époque.
L’expertise commence précisément là où l’enthousiasme devrait ralentir.
La Cobra 427 Street est la version routière du mythe.
La plus civilisée - si tant est qu’un V8 FE de sept litres puisse un jour se montrer civil.
Produite à environ 260 exemplaires, elle reçoit le châssis Mk III élargi et une suspension indépendante à ressorts hélicoïdaux destinée à rendre exploitable un moteur autrement plus colossal que les petits Windsor des Cobra 289.
Il faut ici dissiper une idée reçue :
Toutes les Cobra Mk III ne furent pas équipées du moteur Ford 427 compétition.
Une part importante des voitures routières reçut en réalité le plus docile - et moins coûteux - Ford 428 Police Interceptor, moteur plus routier, plus souple et souvent plus raisonnable dans l’usage quotidien. Shelby lui-même considérait que les différences pratiques restaient modestes pour nombre de clients.
Le mythe aime les chiffres héroïques.
La mécanique, elle, apprécie parfois le pragmatisme.
La Competition Roadster appartient au monde des choses sérieuses.
Produite à environ 19 exemplaires, elle constitue la tentative Shelby d’homologation FIA du nouveau châssis 427.
Allégée, plus brutale, dépourvue d’une partie des concessions routières, elle fut pensée pour la compétition pure.
Mais le destin se montra ironique.
L’homologation FIA espérée ne vint jamais véritablement comme Shelby l’avait envisagée, Ferrari et Cobra se heurtant alors aux complexités réglementaires du moment.
L’on pourrait presque entendre Audiard soupirer :
« Quand les bureaucrates se mêlent de mécanique, les chevaux finissent toujours par attendre derrière une porte. »
Voici peut-être la Cobra la plus célèbre de toutes.
Et la plus copiée.
La 427 Semi-Competition, dite S/C, naît presque d’un accident industriel.
Shelby dispose de voitures de compétition devenues difficilement écoulables ; il les adapte alors pour la route : pare-brise, échappements latéraux, instrumentation civilisée minimale et homologation routière. Environ 31 exemplaires originelsfurent produits.
La formule devient instantanément mythologique :
C’est elle que presque tout le monde imagine lorsqu’il prononce le mot Cobra.
Et pourtant :
La quasi-totalité des Cobra “427 S/C” visibles aujourd’hui ne sont pas des Shelby originelles des années soixante.
Certaines sont d’excellentes répliques.
D’autres de très nobles continuations.
Quelques-unes, hélas, racontent des histoires administratives plus créatives que mécaniques.
La Cobra 428 mérite justice.
Car son nom souffre d’un étrange malentendu : celui d’être regardée comme une 427 de second rang.
Erreur.
Le moteur Ford 428 Police Interceptor équipe une proportion significative des Cobra Street Mk III, particulièrement lorsque l’approvisionnement en véritables moteurs 427 compétition devient plus délicat et coûteux.
Moins rageur.
Plus routier.
Souvent plus agréable.
Le couple demeure titanesque grace à sa course de vilebrequin allongée, la poussée proprement indécente et la philosophie inchangée :
Si tu n’as pas conduit une cobra Big block, tu n’as rien conduit de terrifiant.
Il arrive qu’un ingénieur décide d’être raisonnable.
Et puis il y a Carroll Shelby.
La Super Snake semble répondre à une question que personne n’avait eu la sagesse de poser :
« Et si l’on prenait déjà une voiture complètement excessive pour lui ajouter encore davantage d’excès ? »
Version extraordinairement rare, suralimentée, développée à partir de la Cobra 427 S/C, elle reçoit une préparation à double compresseur et des performances presque absurdes pour l’époque. Une poignée d’exemplaires seulement exista.
À ce stade, le rapport poids/puissance cesse d’être une donnée technique.
Il devient vraiment déraisonnable
La Flip-Top appartient aux coulisses héroïques de la compétition.
Conçue pour faciliter l’accès mécanique lors des courses d’endurance, elle reçoit une carrosserie avant basculante d’un seul tenant permettant une intervention rapide sur les organes essentiels.
Elle rappelle cette vérité simple :
les grandes automobiles de course sont souvent nées moins de la poésie que de l’impatience des mécaniciens.
Et pourtant, quelle poésie mécanique dans cette impatience-là.
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